Lu sur l’hebdomadaire “Rivarol” (1 rue d’Hauteville, 75010 Paris), n° d’été du 1er août au 4 septembre, en page 12 (le numéro en question doit pouvoir se trouver encore chez les marchands de journaux):
Mémoire sélective
Né en 1913 à Daruvar, une ville croate qui se trouvait alors en
Autriche-Hongrie, Milivoj Asner (ou Georg Aschner selon l’orthographe
germanique de son patronyme) a récemment fait la Une de la presse
internationale car le vieux monsieur - que le Centre Simon Wiesenthal accuse
de crimes contre l’humanité et que l’on disait cacochyme - a été vu,
apparemment en pleine forme, dans les rues de Klagenfurt lors des festivités
de l’Euro Foot. Figurant en quatrième position sur la liste des “nazis” (1)
qu’Efraïm Zuroff poursuit de son implacable vindicte, Asner fut, dit-on,
officier de police dans la région de Pojega, à l’époque où Ante Pavelic
dirigeait la Croatie, et il aurait, à ce titre, contribué à la déportation
d¹un certain nombre de Juifs, de Serbes et de Gitans. S’agissant d’un
citoyen autrichien, Vienne a jusqu’ici refusé son extradition tout en
invoquant la prescription et le mauvais état de santé de l’intéressé pour ne
pas le poursuivre.
Comme d’habitude, la procédure engagée contre ce quasi-centenaire est
hautement contestable: salmigondis de racontars glanés par un jeune amateur
en mal de publicité, le dossier est plus que mince et les chancelleries
autrichienne et croate seraient probablement bien inspirées de le classer
définitivement sans suite.
Après tout, n’est-ce pas ce qu’ont fait les autorités israéliennes
lorsque les justices lituanienne et polonaise leur ont demandé d’entendre
quelques anciens partisans juifs sur lesquels pèsent de lourdes présomptions
de crimes? Le cas de Solomon Morel est sans doute le plus connu. Né en 1919
à Grabowo et paisiblement décédé à Tel Aviv en 2007, Morel dirigea en 1945
les camps de concentration de Zgoda et de Jaworzno pour le compte du NKVD
polonais. Dans le premier de ces camps, ce sont 1.700 détenus - civils
allemands et résistants anticommunistes - qui sont morts de la dysentrie, du
typhus ou sous la torture, et dans le second près de 7.000. Convoqué par la
justice de son pays, Morel a précipitamment quitté Katowice en 1992 pour se
réfugier en Israël d’où les autorités ont refusé à deux reprises (1995 et
2005) de l’extrader. Motifs invoqués: la prescription et des problèmes de
santé…
Autres cas significatifs, ceux de Yitzhak Arad et Fania Branstovsky, tous
deux vétérans des maquis rouges de la forêt de Rudnicki, en Lituanie.
Accusés d’avoir pris part à l’attaque du village de Koniuchy ou Kaniukai (29
janvier 1944) et à l’assassinat d’au moins 38 civils polonais (2), ces deux
individus vivent aujourd’hui tranquillement en Israël. Né en 1926, Arad,
alias Tolka, n’y est pas n’importe qui puisqu’il a servi comme général dans
l’armée israélienne avant de diriger le mémorial de Yad Vashem durant plus
de vingt ans. Les juges de Vilnius voudraient bien entendre ce dignitaire
ainsi que son ancienne camarade, mais l’Etat hébreu n’a pas du tout l’air
disposé à coopérer… Il est vrai que l’affaire de Koniuchy porte également
atteinte à la légende du célèbre Abba Kovner (1918-1987), patron de la
Brigade Juive de Rudnicki et chef du détachement des Vengeurs (Nakam), mais
aussi auteur de l’empoisonnement des prisonniers de guerre allemands du
Stalag XIII et… président de la Société Israélienne des Gens de Lettres!
L’Etat d’Israël n’est pas le seul à traîner les pieds lorsqu’il s’agit
d’enquêter sur les crimes qu’auraient pu commettre d’anciens partisans
juifs. Si actifs contre John Demjanjuk, les USA n’ont ainsi jamais paru très
désireux de s’occuper des frères Tuvia et Aharon Bielski qui résidaient sur
leur territoire. Responsables d’un maquis communiste auquel on reproche le
massacre, à Naliboki (8 mai 1943), de 128 paysans polonais, les Bielski
n’ont jamais eu à répondre de leurs faits et gestes. Seul Aharon (alias Aron
Bell) a connu quelques tracas en 2007, mais pour avoir séquestré une vieille
voisine et tenté de la détrousser. En Grande-Bretagne, même passivité en ce
qui concerne la sinistre Helena Wolinska-Brus (née Fajga Mindla Danielak),
89 ans, ci-devant “procureur militaire”, à laquelle on reproche des
centaines d’arrestations arbitraires ainsi que l’assassinat du général
Fieldorf, héros de l’Armée de l’Intérieur. Sortie de Pologne en 1968,
réfugiée au Royaume-Uni en 1971 et bientôt naturalisée britannique, cette
charmante dame vit aujourd’hui à Oxford, en toute quiétude…
M. Zuroff et ses acolytes ont peut-être de la mémoire mais ils ne sont
heureusement pas les seuls…
Henry Boulade
(1) Où figurent également les noms de l’inoxydable Aloïs Brunner et du
fantomatique Dr Heim, de l’Estonien Harry Mannil, de l’Ukrainien John
Demjanjuk, du Hongrois Sandor Kepiro et du Danois Soeren Kam.
(2) Ancien protagoniste de ces événements, l’historien Chaïm Lazar parle
même de 300 victimes.

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